Je ne sais pas pourquoi j'ai soudainement envie de déterrer ce blog jamais exploité. Impossible de savoir si je m'y tiendrai, mais bon, on ne sait jamais!

Lu dans le Télérama de cette semaine, un entretien très intéressant avec George Steiner. Il y évoque différents thèmes, et je suis d'accord avec bon nombre de ses propos. Le journaliste l'interroge entre autre sur les rapports entre littérature et philosophie, ce qui est pour lui l'occasion d'étendre aux rapports entre les savoirs, plus généralement. Et de constater avec regret que "les sciences nous sont devenus inaccessibles" et que "les écrivains et les philosophes sont désormais incapables de nous faire entendre la science". Il est loin l'encyclopédisme, ils sont loin les Descartes, les Pascal... Mais malgré tout je ne pense pas que tout littéraire soit nécessairement hermétique aux sciences dures, et inversement. J'aime cette jolie question que pose Steiner "Peut-on être lettré sans comprendre une équation non linéaire?" Je suis très tentée de répondre "non". Mon esprit intrinsèquement scientifique et rationnel ne peut que répondre "non". Certes, il ne s'agit pas de savoir résoudre la théorie des cordes! Mais d'avoir une ouverture d'esprit. Je crois que parfois je trouve plus de poésie à des théories (vulgarisées certes pour que je puisse les comprendre) sur l'expansion de l'univers qu'à certains oeuvres littéraires. Mon grand regret est de n'avoir pu continuer ad vitam à cultiver les mathématiques autant que le latin! Rien ne me semble en contradiction dans ces apprentissages, et la philosophie crée en effet le lien le plus direct entre langue, littérature et sciences.

La suite de l'entretien porte sur l'utilité de la culture. La réponse de Steiner ? "Elle rend supportable l'existence". Je trouve ça très beau, à défaut de partager totalement cet avis. Et pour lui, l'hommage à rendre aux grands maîtres est de les apprendre par coeur. Je vous cite le passage, plein de justesse :

"Ce que nous apprenons par coeur, personne ne peut nous l'enlever. Ni la censure, ni la police politique, ni le kitsch qui nous entoure. Apprendre par coeur, c'est entrer dans l'oeuvre même : "Tu vas vivre avec moi et je vais vivre avec toi." Les textes marchent à côté de nous; se promener avec un poème de Baudelaire, c'est être en très bonne compagnie".

Voilà quelques réflexions totalement décousue à lecture de cet article!