Un autre petit lien en provenance du même auteur que le sujet de M1 évoqué ci-dessous mais dans un registre un peu différent : un très bon plaidoyer en faveur de la pratique des langues anciennes.

S'il est loin le temps du rêve humaniste d'un latin vivant, langue européenne de communication, on peut toujours émettre le vœu pieux d'un sursaut éducatif où l'on donnerait aux élèves la possibilité de se former pour comprendre et penser par eux-mêmes.

Certes, les réformes actuelles ne nous emmènent pas dans ce sens... L'autre jour sur France Inter Zoé Varier, dans son émission "Nous autres", proposait le sujet "Professeur-stagiaire : le désarroi" : émission très intéressante, mais aussi terriblement effrayante! Déjà que la formation des professeurs n'était pas des plus mirobolantes dans notre pays  - oh, attention hein, les profs savent beaucoup de choses! Préparer les concours de l'enseignement n'est pas une mince affaire. Ou je devrais plutôt dire "n'était", mais il faut que je me renseigne un peu mieux sur ce que deviennent les concours avant de porter ce jugement définitif. C'est limite un savoir encyclopédique qu'on nous demande. Or c'était valable pour enseigner il y a peut-être encore 50 ans, mais plus maintenant! Un peu de pédagogie et de tenue de classe serait bienvenu dans notre cursus... - formation déjà pas mirobolante donc, mais à présent quasi inexistante...

Si l'on cumule cette réforme de la situation des stagiaires, celle des concours et celle du lycée qui va dans le sens du formatage et du nivellement par le bas, à quoi vont ressembler les professeurs dans 10 ans? Je me sens déjà vraiment très chanceuse d'avoir pu intégrer une filière "d'élite" qui parvient à passer entre les gouttes des réformes pour offrir à ses élèves le meilleur, et une réelle "école à penser". Mais ces filières justement ne devraient pas être un refuge, elles devraient juste être un "plus" par rapport aux formations plus classiques... Si elles survivent - bah oui, des lieux où l'on pense, c'est dangereux, alors voué à disparaître - elles deviendront vraiment des îlots.
En écoutant l'émission de France Inter, Monsieur S. - nullement impliqué dans les circuits universitaires ou enseignants - m'a dit "Mais c'est absurde tout ça! A quoi ça sert?" et à ma réponse "Ça permet de former de bons petits citoyens qui ne pensent pas trop" il m'a dit "Mais ils sont bêtes tout là-haut! Qui les remplacera plus tard si personne ne pense plus?". J'avais envie de répondre "Sûrement leurs propres enfants qu'ils auront envoyés se former ailleurs que dans leur propre pays." (Tiens, ça me fait un peu penser à ce que j'ai entendu dans la bouche du couple Pinçon-Charlot sur la nouvelle oligarchie montante!)

Bref, fi de l'actualité, citons l'ami Erasme pour finir :
" J'affirme donc que le savoir est une nécessité, mais où voulez-vous qu'on envoie les ignorants? Qu'ils aillent se faire pendre (comme disent les auteurs comiques), s'ils refusent tout enseignement! S'ils sont au contraire disposés à s'instruire, je l'accepte, mais il est indispensable que la transmission du savoir se poursuive auprès de maîtres qualifiés. Si nous étions tous des illettrés, qui corrigerait les fautes des ignorants?"

Erasme, Antibarbari, édition de Jean-Claude Margolin

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Pardon, j'avais dit "fi de l'actualité"....!