Mon blog de lettreuse

15 décembre 2011

Mes débuts de prof

Le premier semestre universitaire s'achève. C'est l'occasion de faire le bilan de mon entrée dans la carrière de prof!

Mon poste de CRD (tiens, je pourrais peut-être faire un post là-dessus) comprend 96h annuelles d'enseignement, contre 64 seulement pour un contrat doctoral. Au menu de ce premier semestre, j'avais 4h30 hebdomadaire, réparties sur 3 cours. Un groupe de L1, lettres classiques et lettres modernes avancés en grammaire et thème latin, de 15 élèves, 1h/semaine. Un groupe mélangé de L2/L3, lettres modernes niveau intermédiaire, 30 élèves 2h/semaine. Et un groupe de L3 lettres modernes niveau "débutant", 23 élèves 1h30/semaine. Voilà pour les faits.

Le bilan à en tirer maintenant...

Déjà, première chose, une certitude absolue : que je suis heureuse d'enseigner devant des élèves qui me respectent! Quand je vois sur FB les statuts de mes anciens camarades de promo, agrégés de lettres classiques comme moi, actuellement en poste dans des zones difficiles, je me dis que, dieu merci, j'échappe pour l'instant à certaines des situations qu'ils décrivent! Mes élèves ne sont peut-être pas tous des génies du latin, mais au moins, le respect est une chose acquise, et mes cours se déroulent tranquillement sans que je n'aie à faire la police. Pouvoir faire cours sans avoir à se soucier de d'abord faire respecter son autorité est un luxe non négligeable!

Une deuxième certitude absolue : un semestre de 12 semaines, mais c'est n'importe quoi! Déjà, le concept d'un semestre, c'est que ça fait une demi-année, si je ne m'abuse. Soit 6 mois pour les gens normalement constitués. Et même si l'on résonne sur les 10 mois d'une année "scolaire", ça en fait encore 5. Allez, enlevons encore 1 mois de vacances, soit 4 mois. A raison de 4 semaines par moi, ça fait 16 semaines. Ce qui ne serait pas du luxe! Bon, je ne vais pas me plaindre d'avoir déjà fait la moitié de mon année. Mais que ça passe vite! A peine le temps de prendre le rythme que c'est fini. Et quand on doit mettre du contrôle continu là dedans, les heures de "cours" à proprement parler se réduisent comme peau de chagrin.

Et sinon, l'enseignement dans tout ça? Honnêtement? Je me suis plutôt amusée, passée l'appréhension. Le meilleur moment était celui du cours de grammaire/thème : un public choisi, en partie de lettres classiques, vraiment motivé pour le latin, qui n'a pas peur de participer. Et puis la grammaire je trouve ça "facile" à enseigner. C'est méthodique, rigoureux, ça plait à mon esprit scientifique! Et pour débuter, ça me convient bien. Avec les L3 "débutants" c'était une autre affaire. En fait de débutant, c'est quand même au moins leur 3ème année de latin mais ils se traînent d'année en année comme au bagne. Du coup, il faut se battre pour obtenir du répondant  - même s'ils sont gentils, hein - et le niveau n'est pas transcendant. Ajoutez à ça l'horaire du cours : vendredi 12h30-14h... cocktail parfait pour des élèves démotivés et une prof un peu pareil! Et enfin, le dernier cours, celui des intermédiaires. C'est celui qui m'a donné le plus de fil à retordre en terme de préparation. Autant pour les débutants j'avais un fascicule commun aux groupes de TD à suivre, autant là j'étais "libre". La liberté c'est bien, mais ça fait un peu peur, surtout quand on ne connait pas vraiment le niveau de ses élèves et qu'en plus on a des L2 et des L3 mélangés. Je ne sais pas trop si je m'y suis bien prise, s'ils ont ou non appris quelque chose... Je pense qu'au second semestre je vais peut-être ajouter quelques questions de grammaire dans mes devoirs, de façon à les forcer à travailler avec un peu plus de rigueur.

 

De mon côté donc, un bilan plutôt positif. Mais puis-je en dire autant pour mes élèves? Le problème est que je n'en ai aucune idée... Le seul cours que je conserve au second semestre est celui d'intermédiaire : on verra bien s'ils se sont tous enfuis, mais pour l'instant je n'en ai qu'un qui m'a fait part de son désir de repasser en débutant.

En tout cas moi je me suis plutôt sentie contente d'être là. J'ai bien aimé cette impression de "jouer à la maîtresse" en vrai! Ce ne va peut-être pas toujours durer comme ça, mais étant donné mes incertitudes et mon appréhension quant à un potentiel avenir comme professeur, cette plongée dans le grand bain m'a rassurée et me donne envie de continuer!

Posté par Elo_Dodie à 09:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


12 décembre 2011

"To be literate"

Je ne sais pas pourquoi j'ai soudainement envie de déterrer ce blog jamais exploité. Impossible de savoir si je m'y tiendrai, mais bon, on ne sait jamais!

Lu dans le Télérama de cette semaine, un entretien très intéressant avec George Steiner. Il y évoque différents thèmes, et je suis d'accord avec bon nombre de ses propos. Le journaliste l'interroge entre autre sur les rapports entre littérature et philosophie, ce qui est pour lui l'occasion d'étendre aux rapports entre les savoirs, plus généralement. Et de constater avec regret que "les sciences nous sont devenus inaccessibles" et que "les écrivains et les philosophes sont désormais incapables de nous faire entendre la science". Il est loin l'encyclopédisme, ils sont loin les Descartes, les Pascal... Mais malgré tout je ne pense pas que tout littéraire soit nécessairement hermétique aux sciences dures, et inversement. J'aime cette jolie question que pose Steiner "Peut-on être lettré sans comprendre une équation non linéaire?" Je suis très tentée de répondre "non". Mon esprit intrinsèquement scientifique et rationnel ne peut que répondre "non". Certes, il ne s'agit pas de savoir résoudre la théorie des cordes! Mais d'avoir une ouverture d'esprit. Je crois que parfois je trouve plus de poésie à des théories (vulgarisées certes pour que je puisse les comprendre) sur l'expansion de l'univers qu'à certains oeuvres littéraires. Mon grand regret est de n'avoir pu continuer ad vitam à cultiver les mathématiques autant que le latin! Rien ne me semble en contradiction dans ces apprentissages, et la philosophie crée en effet le lien le plus direct entre langue, littérature et sciences.

La suite de l'entretien porte sur l'utilité de la culture. La réponse de Steiner ? "Elle rend supportable l'existence". Je trouve ça très beau, à défaut de partager totalement cet avis. Et pour lui, l'hommage à rendre aux grands maîtres est de les apprendre par coeur. Je vous cite le passage, plein de justesse :

"Ce que nous apprenons par coeur, personne ne peut nous l'enlever. Ni la censure, ni la police politique, ni le kitsch qui nous entoure. Apprendre par coeur, c'est entrer dans l'oeuvre même : "Tu vas vivre avec moi et je vais vivre avec toi." Les textes marchent à côté de nous; se promener avec un poème de Baudelaire, c'est être en très bonne compagnie".

Voilà quelques réflexions totalement décousue à lecture de cet article!

 

Posté par Elo_Dodie à 10:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 octobre 2010

L'écrit et le numérique

De Gutenberg à la pérennité des flux, chronique d'abonné du Monde.
Intéressant!

Posté par Elo_Dodie à 10:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

08 octobre 2010

L'oeuvre au noir

Dans le Télérama de cette semaine, on trouve un encart de P. Murat à propos du DVD (avec bonus) de l'adaptation d'André Delvaux de L'oeuvre au noir, de Marguerite Yourcenar. Je n'ai encore jamais vu cette adaptation, pourtant sortie en 1988. En revanche j'ai lu avec délice le roman de Yourcenar, et je ne peux que conseiller à ceux qui ne l'auraient pas lu de se plonger dans la vie de Zénon, l'alchimiste humaniste persécuté.
Le DVD en question est enrichi de bonus apparemment très intéressants, comme l'interview du chef opérateur et un livret qui reproduit la correspondance entre celle qui était académicienne depuis 1980 et le réalisateur. Et hop, la page en question sur Télérama!

"[...] je ne traverserai pas les siècles relié en veau. Mais quand je vois combien peu de gens lisent L'Iliade d'Homère, je prends plus gaiement mon parti d'être peu lu." ( M. Yourcenar, L'oeuvre au noir, chap. La conversation à Innsbruck)

"Je me suis gardé de faire de la vérité une idole, préférant lui laisser son nom plus humble d'exactitude." (ibid.)

Posté par Elo_Dodie à 09:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 octobre 2010

Podcast et sententiae

Ce matin sur France Culture, Alain Rey et Jean-Yves Boriaud évoquaient les emblèmes, sentences et proverbes passés de la culture gréco-romaine à la nôtre, pour la sortie du Dictionnaire des sentences latines et grecques dirigé par Renzo Tosi, dans la Fabrique de l'histoire. Jetez y une oreille!
Je n'ai pas encore écouté les autres émissions de cette thématique autour de l'histoire de la culture classique, consacré à Marc-Antoine Muret et à l'association Guillaume Budé, mais ça doit valoir le coup aussi.

Et au passage, si je demandais au père Noël le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey? ;)

Posté par Elo_Dodie à 19:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

03 octobre 2010

Plaidoyer

Un autre petit lien en provenance du même auteur que le sujet de M1 évoqué ci-dessous mais dans un registre un peu différent : un très bon plaidoyer en faveur de la pratique des langues anciennes.

S'il est loin le temps du rêve humaniste d'un latin vivant, langue européenne de communication, on peut toujours émettre le vœu pieux d'un sursaut éducatif où l'on donnerait aux élèves la possibilité de se former pour comprendre et penser par eux-mêmes.

Certes, les réformes actuelles ne nous emmènent pas dans ce sens... L'autre jour sur France Inter Zoé Varier, dans son émission "Nous autres", proposait le sujet "Professeur-stagiaire : le désarroi" : émission très intéressante, mais aussi terriblement effrayante! Déjà que la formation des professeurs n'était pas des plus mirobolantes dans notre pays  - oh, attention hein, les profs savent beaucoup de choses! Préparer les concours de l'enseignement n'est pas une mince affaire. Ou je devrais plutôt dire "n'était", mais il faut que je me renseigne un peu mieux sur ce que deviennent les concours avant de porter ce jugement définitif. C'est limite un savoir encyclopédique qu'on nous demande. Or c'était valable pour enseigner il y a peut-être encore 50 ans, mais plus maintenant! Un peu de pédagogie et de tenue de classe serait bienvenu dans notre cursus... - formation déjà pas mirobolante donc, mais à présent quasi inexistante...

Si l'on cumule cette réforme de la situation des stagiaires, celle des concours et celle du lycée qui va dans le sens du formatage et du nivellement par le bas, à quoi vont ressembler les professeurs dans 10 ans? Je me sens déjà vraiment très chanceuse d'avoir pu intégrer une filière "d'élite" qui parvient à passer entre les gouttes des réformes pour offrir à ses élèves le meilleur, et une réelle "école à penser". Mais ces filières justement ne devraient pas être un refuge, elles devraient juste être un "plus" par rapport aux formations plus classiques... Si elles survivent - bah oui, des lieux où l'on pense, c'est dangereux, alors voué à disparaître - elles deviendront vraiment des îlots.
En écoutant l'émission de France Inter, Monsieur S. - nullement impliqué dans les circuits universitaires ou enseignants - m'a dit "Mais c'est absurde tout ça! A quoi ça sert?" et à ma réponse "Ça permet de former de bons petits citoyens qui ne pensent pas trop" il m'a dit "Mais ils sont bêtes tout là-haut! Qui les remplacera plus tard si personne ne pense plus?". J'avais envie de répondre "Sûrement leurs propres enfants qu'ils auront envoyés se former ailleurs que dans leur propre pays." (Tiens, ça me fait un peu penser à ce que j'ai entendu dans la bouche du couple Pinçon-Charlot sur la nouvelle oligarchie montante!)

Bref, fi de l'actualité, citons l'ami Erasme pour finir :
" J'affirme donc que le savoir est une nécessité, mais où voulez-vous qu'on envoie les ignorants? Qu'ils aillent se faire pendre (comme disent les auteurs comiques), s'ils refusent tout enseignement! S'ils sont au contraire disposés à s'instruire, je l'accepte, mais il est indispensable que la transmission du savoir se poursuive auprès de maîtres qualifiés. Si nous étions tous des illettrés, qui corrigerait les fautes des ignorants?"

Erasme, Antibarbari, édition de Jean-Claude Margolin

...
Pardon, j'avais dit "fi de l'actualité"....!

Posté par Elo_Dodie à 11:23 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

02 octobre 2010

Sujets sans limite...

Je disais hier que j'aimais les sentiers un peu marginaux, et que pour cette raison j'avais choisi de consacrer mon mémoire de Master 1 de lettres classiques au latin médiéval (je reviendrai sûrement là-dessus plus tard).
Grâce à Madame L. je me suis rendue compte que ce chemin que j'avais emprunté est en réalité une autoroute bien balisée, et non un petit chemin de traverse. Parce que ceux qui osent emprunter de vrais chemins marginaux, ils assument de présenter un mémoire de M1 en lettres classiques sur les cartes Magic. Je vous invite à suivre ce lien surprenant.

Personnellement, je trouve que c'est la classe absolue. Et je tire mon chapeau au prof qui a osé encadrer ce travail, à l'encontre de toutes les conventions  - et parfois de toutes les étroitesses - qui guindent le monde universitaire!

Posté par Elo_Dodie à 10:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 octobre 2010

La bibliothèque de B. Rhenanus, patrimoine mondial?

A Sélestat, dans le Bas-Rhin, on peut visiter une superbe bibliothèque humaniste, qui réunit celle de l'Ecole latine de la ville fondée en 1542 et celle de Beatus Rhenanus. C'est la plus vieille bibliothèque publique d'Alsace. On y trouve des manuscrits, des incunables, de très nombreux imprimés des XVIè et XVIIè siècles.... un vrai petit bijou dans une jolie petite ville.

Cette bibliothèque humaniste est actuellement en lice pour obtenir sont classement par l'UNESCO en tant que "mémoire du monde". Voici comment l'UNESCO définit ce programme de classement :

Le patrimoine documentaire est le reflet de la diversité des langues, des peuples et des cultures. Il est le miroir du monde et sa mémoire. Mais cette mémoire est fragile. A chaque instant, des parties irremplaçables disparaissent à jamais.L'UNESCO a lancé le Programme Mémoire du Monde afin d'éviter l'amnésie collective et de promouvoir la conservation des collections d'archives et de bibliothèque partout dans le monde et d'en assurer la plus large diffusion.

L'acceptation du dossier soumis par la France - ou son refus - aura lieu en 2011. J'aurai peut-être le privilège de travailler dans un lieu classé par l'UNESCO!

Pour plus d'info, la page dédiée à ce sujet sur le site des Amis de la Bibliothèque humaniste.
Et aussi la page sur le programme "Mémoire du monde" sur le site de l'UNESCO.

Posté par Elo_Dodie à 14:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Et si je faisais un blog sérieux?

Ca m'a pris ce matin : "Tiens, si je faisais un blog un peu sérieux?" Presque un "blog d'universitaire" en fait. Sauf que ça se voudrait un peu moins pompeux que ça!
Disons que je vois ce blog comme l'occasion de me tenir à mes bonnes résolutions de la rentrée : être curieuse, sérieuse, travailler régulièrement. Avoir un lieu où faire état de tout cela est peut-être une façon d'y parvenir!

Petite présentation donc, pour les éventuels visiteurs qui passeraient par ici.

La lettreuse est plus exactement une lettreuse classique, qui après une prépa dans sa ville de province a intégré l'ENS de Lyon. Intéressée par les sentiers un peu marginaux, elle a travaillé en Master 1 à l'édition d'extraits d'un recueil d'exempla du XIIIème siècle : latin médiéval, donc. Puis après avoir obtenu l'agrégation, elle a choisi de se donner une année pour se former dans un domaine qui l'a toujours attirée : le monde du livre! Direction Lyon II et l'ENSSIB pour un master 2 professionnel 'Cultures de l'écrit et de l'image" : stage aux archives du Haut-Rhin à Colmar, sur un fonds privé sur la Seconde Guerre Mondiale et mémoire en latin médiéval toujours. Mais ce cursus fut l'occasion pour elle de découvrir plus avant le monde humaniste, qui lui a paru très intéressant.
Et du coup, maintenant, Master 2 de lettres classiques sur les pièces liminaires signées Beatus Rhenanus dans son édition des Annales de Tacite, chez Froben, en 1533. Et puis projet de thèse à la clef...

Alors ce blog parlera un peu de tout ça... De latin, de grec, de bibliothèques, de Sélestat, de Rhenanus, d'imprimeurs, de réception de la littérature, de livres anciens ou pas, d'histoire de toutes les époques, de l'université, du professorat, et d'autres choses, selon l'humeur du moment!

Aucune régularité n'est garantie - pas plus qu'un intérêt transcendant. Mais on ne sait jamais!

Posté par Elo_Dodie à 11:08 - - Commentaires [1] - Permalien [#]